Festi'Vent 2019

  • Mise en ligne : 03/06/2019
Festi vent2019 W - 170

Homélie de l’Ascension 2019 à Dunkerque Festi’Vent
Mgr Laurent Ulrich, Archevêque de Lille

C’était annoncé : ceux qui sont de croyants attentifs à l’amour de Dieu auraient pu comprendre que le Serviteur de Dieu qu’ils ont rencontré en la personne de Jésus, Dieu n’allait pas le laisser terminer sa course sur la croix, mais aussi qu’il n’allait pas nous empêcher de vivre notre vie ordinaire en nous imposant sa présence sur notre terre pour toujours. Au contraire il nous laisse le champ libre : à nous de vivre, de construire, de chercher, d’aimer et d’expérimenter qu’il n’est pas loin de nous tout en nous donnant la liberté de compter sur Lui ou de L’ignorer.

Dans le livre des Actes des Apôtres, Jésus lui-même explique qu’il ne devient pas le grand dirigeant politique d’Israël ni de la planète, mais qu’il fait confiance à l’Esprit Saint pour changer peu à peu les cœurs et nous faire désirer bâtir peu à peu et avec Lui un monde meilleur, ou mieux : accueillir ce monde fraternel que Dieu veut.

Il nous laisse la place : mais IL VIT, LE CHRIST ! Il vit, aujourd’hui pour nous et avec nous. C’est ce que le Pape François vient de nous dire dans une grande lettre adressée à vous les jeunes, à la suite du Synode d’octobre dernier à Rome, une assemblée d’évêques dans laquelle étaient présents des jeunes du monde entier. Jésus-Christ n’est pas seulement un bon exemple du passé : on ne devrait jamais en rester à la formule « Jésus faisait du bien, il disait des choses extraordinaires, il appelait des disciples … » ; mais on devrait toujours ajouter : « aujourd'hui il me parle et je peux l’écouter si je fais attention à ce qui se passe autour de moi ; je peux le rencontrer en prenant le temps du silence pour l’écouter dans l’évangile et de la prière pour lui confier ce qui me tient à cœur. Aujourd’hui il m’appelle à grandir dans l’amour, il m’appelle à faire attention au monde qui m’entoure, à en prendre soin, à me fatiguer pour lui, par amour. » le pape écrit : « Si le Christ vit, c’est une garantie que le bien peut se faire et que nos fatigues serviront à quelque chose. » (127)

 

LE CHRIST M’APPELLE À PRENDRE SOIN DU MONDE, DE TOUS MES FRÈRES : de plus en pus aujourd’hui, nous sommes, vous êtes sensibles à la protection de la planète, au destin de notre maison commune. Et aujourd’hui même nous avons essayé de vivre en faisant attention à l’empreinte que nous risquons de laisser, à la rendre la plus petite possible. C’est un signe. Cela ne suffit pas encore : nous avons aussi envie de nous laisser toucher par la fragilité de beaucoup d’hommes et de femmes, d’enfants, de jeunes, de personnes malades ou isolées, handicapées. Les séjours à Lourdes avec les malades, le petit train de l’amitié, l’exemple de Jean Vanier, et pour les jeunes pros la possibilité de vivre dans des colocations avec personnes handicapées, ou à la rue, ou femmes seules avec enfant : tout cela c’est une manière d’avoir de l’inquiétude, du souci pour le monde et les hommes.

 

MAIS AUSSI À ACCUEILLIR LA DOUCEUR DE SON AMOUR QUI APAISE, QUI ÉCLAIRE ET QUI SAUVE : je regarde ce calvaire des marins que nous avons voulu offrir à ce port de Dunkerque il y a deux ans. Il était très attendu ; beaucoup de gens ici se disaient : nous sommes le seul grand port de France où il n’y ait pas un tel signe. Maintenant ceux qui sortent en mer peuvent le regarder quand ils empruntent le chenal vers la mer et lui confier leur prière pour que le voyage, la traversée ou la simple sortie de la journée soit belle et se déroule sans encombre. Et quand ils rentrent ils peuvent encore se tourner vers lui et lui rendre grâce pour ce qu’ils ont vu et ont vécu de beau et de bon dans ce voyage. Ainsi chaque matin et chaque soir, je peux reprendre contact avec Lui … parce qu’il vit, et qu’il m’écoute, qu’Il me parle.

 

TOUTE VIE EST RÉPONSE À UN APPEL : N’AIE PAS PEUR DE L’AVENIR

Beaucoup de vous vivent sans trop d’inquiétude, sont bien entourés et se sentent aimés, vous me le dites. Mais d’autres aussi disent qu’ils manquent de confiance en eux, qu’ils ne se sentent pas assez soutenus par ceux qui pourraient être leurs proches. Mais aussi on pourrait avoir l’impression que demain c’est presque la fin du monde : se marier ne servirait plus à rien, faire des projets deviendrait impossible parce qu’on ne sait pas si l’air sera encore respirable dans vingt ans, que la paix en Europe et dans le monde c’est une illusion, avoir des enfants c’est imprudent, et donner sa vie aux autres et à Dieu, ce n’est plus possible.

Eh bien, chaque jour peut être un apprentissage pour découvrir que tu n’es pas seul, que le Christ t’écoute, te parle, t’invite à faire confiance, à ne pas avoir peur de l’avenir. Aujourd’hui, comme pour les générations précédentes, l’avenir est dans la main de Dieu ; c’est Lui qui nous a donné la vie, c’est Lui qui nous a envoyé son Fils pour nous montrer le chemin, c’est Lui qui met en nos cœurs l’espérance pour demain, pour toute notre vie, et pour après cette vie terrestre.

Je crois que se marier c’est bien une voie d’avenir ; cela veut dire qu’on peut construire sa vie sur la confiance mutuelle ; cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de difficultés, mais qu’elles peuvent être surmontées.

Je crois que s’engager pour une société juste et pour une planète en meilleur état, c’est un beau projet : nos fatigues serviront à quelque chose. Tout n’a pas été réussi dans le monde que nous quittons, mais si après la 2nde guerre mondiale la génération de vos grands parents ne s’était pas retroussé les manches pour remettre de la vie bonne dans ce monde tout cassé, ça aurait été terrible.

Je crois que vouloir et aimer des enfants pour qu’ils grandissent et aient la joie de vivre et d’aimer, c’est une belle histoire à construire.

Je crois que d’envisager mettre sa vie au service de Dieu, de l’évangile, de l’Église, et même consacrer sa vie dans le célibat, c’est un engagement fort, qui a du sens. Cela veut dire qu’il n’y a pas qu’une forme de vie qui est possible. Et cela veut dire que ce que l’on cherche ensemble, c’est à devenir des frères et des sœurs les uns des autres. Ça c’est un avenir magnifique, c’est le motif d’un combat qui a du sens.

C’est le Christ qui le rendra possible pour nous, pour tous les hommes, parce qu’Il vit, le Christ. Et que nous l’aimons, parce qu’Il nous aime.

Lire aussi